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LES ARCHIVES INTERVIEW


Photo: www. speredanavel.com


Nous vous invitons à découvrir ce mois ci, Spered An Avel, une troupe de spectacle qui a été crée en 1998 par une équipe de passionnés de l'histoire de l'Ouest Américain, de la culture Amérindienne, de la nature et bien sûr des chevaux.

Aujourd'hui elle est devenue un collectif d'artistes professionnels qui interprètent des numéros plus extraordinaires les uns que les autres , mais aussi émouvants ou drôles dans la plus pure tradition des wild west shows.
Pour leurs prestations, ils disposent d'une cavalerie de chevaux dits "de couleurs" d'origine Américaine et Ibérique, de nombreux décors western ainsi que plus de 50 costumes uniques et de qualité historique.

"Spered an avel" est né en 1998, quelle était l’idée de départ et qu’est ce qui fait que des passionnés se rassemblent et créent une troupe de spectacle telle que la vôtre ? L’amour des chevaux, de l’Ouest Américain, du spectacle…
c'est l'envie de partager notre passion avec le grand public, qui m’a amené avec quelques amis à créer une équipe de reconstitutions historiques. Je me suis ensuite orienté vers le spectacle, grâce à la rencontre de professionnels passionnés par l'Ouest Américain (avec qui je travaille actuellement), qui ont apprécié mon travail et m’ont soutenu pour m'aider à me former aux métiers du spectacle équestre. De la première formation de Spered An Avel, je suis quasiment le seul qui reste, les autres ont choisi d'autres voies... (des métiers plus stables, raisons familiales...)

Que signifie "Spered an avel" ?
Spered An Avel veut dire «l'Esprit du Vent» en Breton. C'était un clin d’œil à notre Bretagne natale et à notre passion pour les Amérindiens. Actuellement, les membres de la troupe sont dispersés sur tout le Nord de la France, avec une majorité d'artistes basés sur la région parisienne.

Le milieu du spectacle est connu pour être plutôt difficile, quelle a été la plus grande difficulté à surmonter lors de vos débuts?
Financière bien sur! Créer une entreprise comme celle-la nécessite un investissement considérable: Costumes, véhicules, chevaux, pub... Pour pouvoir travailler il faut des outils, et pour avoir des outils il faut de l'argent... Mais ce qui est aussi très dur, c'est d'obtenir de la crédibilité: Tant que vous n'êtes pas considéré comme une référence, les clients hésitent à prendre des risques, ce qui est normal vu le nombre de troupes de spectacles équestres qui existent.

Le fait de travailler avec des animaux augmente t-il les difficultés d’une telle entreprise ?
Oui, les chevaux sont comme nous, ils ont leurs humeurs, ils fatiguent lors des longs trajets, souffrent de la chaleur. Nous formons des couples et nous sommes complètement dépendants de nos partenaires, il y a des jours avec et des jours sans.

Votre équipe est composée de 6 principaux acteurs, Philippe Morel, Clément Gerbaud, Laurent Tessier, Nicolas Bouloc, Naiché Teyssier et Maxime Galopin. Avec chacun une spécialité. Comment s’organise la mise en scène des numéros ? C’est un travail commun ou celui d’une seule personne?
Du fait que nous habitons tous loin les uns des autres, nous travaillons la plupart du temps individuellement. Nous nous regroupons seulement pour des répétitions générales qui ont lieu à la fin de l'hiver. Nous ne sommes pas une troupe «classique» nous avons tous des secteurs d'activités différents dans le monde du spectacle. Ce qui nous réunit au sein de la troupe, c’est la passion que nous avons en commun pour le western.

Photo: www. speredanavel.com

Ils viennent du spectacle, du cinéma, du cirque. A votre avis, quelle est la meilleure école ?
Pour faire du spectacle ou du cinéma, il n'y a pas vraiment d'école officielle: Tout est question de volonté et des rencontres que l'on peut faire sur sa route. Le mieux est de se former avec plusieurs équipes pour n’en retenir que le meilleur, à la façon de l'Ecole des artisans «Compagnons de France». Autrement, je pense que les écoles du cirque agrées sont de très bonnes formations, elles apprennent la mise en scène, la recherche artistique, la rigueur dans le travail, etc...

Que pourriez vous conseiller à de jeunes cavaliers qui souhaiteraient se diriger vers une équitation de spectacle comme celle que vous pratiquez?
Tout d'abord il faut beaucoup de volonté et de courage. Pour être professionnel, il faut être très polyvalent, travailler plusieurs disciplines... Car le statut d'intermittent du spectacle s'obtient si l’on fait 43 cachets sur 11 mois, ce qui est énorme lorsque l'on sait qu'il y a 48 semaines dans 11 mois. Je leur conseille de postuler sur des gros spectacles comme La Mer de Sable, Le Puy du Fou ou Le Buffalo Bill Wild West Show. Avec la réforme du statut des intermittents, bon nombre d'amis on dû arrêter leur activité. Maintenant, il faut être très bon pour pouvoir vivre du spectacle équestre: La profession souffre de la concurrence déloyale des amateurs qui cumulent C.D.I. la semaine et spectacle le week-end, cassent les prix et véhiculent une très mauvaise image du spectacle équestre avec bien souvent des spectacle médiocre et dangereux ou des chevaux maltraités. Il faut savoir que l'on ne doit certainement pas être plus de 200 artistes professionnels du spectacle équestre en France.

L’ouest Américain exerce toujours autant de fascination sur le public. A votre avis pourquoi ? Il réveille le cowboy solitaire qui dort en chacun de nous ? Les Indiens nous inspirent car ils vivaient en harmonie avec leur environnement ?
Le mythe de la Conquête de l'Ouest évoque la liberté, les grands espaces, l'aventure, une nature intacte et généreuse. Qui n'a jamais rêver, en regardant un western, d'être à la place d'un cow-boy galopant dans la plaine? La culture Amérindienne et leur philosophie symbolisent pour beaucoup de monde un idéal de vie en harmonie avec la nature et je pense qu'ils ont sensibilisé une partie du grand public occidental au respect de l'environnement. Ils incarnent aussi, bien sûr, le courage et la fierté, beaucoup admirent le combat qu'ils ont mené pendant des siècles pour défendre leur terre et leur liberté.

Quel est votre numéro qui remporte le plus de succès ?
C'est «Le Mustang», il incarne la liberté et la complicité. Beaucoup de gens me demandent après les spectacles si j'ai été élevé avec Moscka, depuis combien d'années je le travaille, et combien d'heures par jour? Ou encore trouvent qu’il se comporte comme un chien avec son maître. J'ai eu beaucoup de témoignages de spectateurs me disant qu'ils avaient pleuré d'émotion en nous voyant jouer, qu'ils étaient partis dans un autre monde le temps du numéro. Ce sont ces moments privilégiés qui sont de loin mon meilleur salaire.

Vous travaillez avec 4 chevaux, Blue Mind, Goliath, Moscka et Tashunka. Parlez-nous d’eux, de quelle race sont-ils, comment les avez-vous sélectionnés et comment les travaillez-vous?
Blue Mind est un croisement de Criollo et de Paint Horse, Goliath est un croisement de Quarter Horse et d'Espagnol, Moscka est Appaloosa par le père et Tashunka n'a pas d'origine connue.
On sélectionne principalement un cheval de spectacle par rapport à son mental et sa robe, ensuite on voit si son physique lui permet de l'orienter dans une discipline précise. Pour la voltige, nous n’utilisons quasiment que des chevaux Ibériques car ils ont un côté «brillant» que les autres chevaux n’ont pas et ils sont beaucoup plus impressionnants au galop. Le prix ne fait pas un bon cheval de spectacle, Moscka ne m’a coûté que 1000€ et c'est son numéro qui remporte le plus de succès. Nous ne les travaillons pas tous les jours, et nous privilégions des programmes de travail courts et variés, histoire de ne pas les dégoûter. Nous pratiquons beaucoup d'extérieur, c'est bon pour leur changer les idées tout en travaillant leur musculature.


Photo: www. speredanavel.com


Photo: www. speredanavel.com

Etes vous en tournée tout au long de l’année ou bien conservez-vous une période de relâche où vous travaillez à de nouveaux numéros ?
La période des spectacles équestres est principalement d'Avril à Octobre, l'hiver on travaille en événementiel, avec nos numéros de lasso, fouet, le musée itinérant et les décors.
C'est une période plus calme. D'octobre à janvier, je mets mes chevaux «au vert» et je me consacre à la promotion des spectacles. A partir de janvier, je commence à reprendre le travail avec mes chevaux.

Vous évoluez dans un domaine bien particulier mais néanmoins très proche de l’équitation western. Que pensez-vous de son développement récent en France et de la façon dont elle se pratique ?
Je trouve ça très bien, beaucoup de personnes ne pratiquaient pas d'équitation faute d'alternatives aux centres équestres classiques. Néanmoins je regrette de voir des personnes qui pratiquent certaines disciplines westerns juste pour «le sport» ou parce que c'est «la mode», avec aucun respect du cheval.
Il manque à ces personnes la passion et la culture western.

Pensez vous que votre spectacle, qui est dédié à l’Ouest Américain fasse naître des vocations dans votre public ?
Oui, il y a beaucoup de spectateurs qui nous interrogent pour savoir où se procurer du matériel, où se former aux métiers du spectacle ou encore des conseils pour dresser leurs chevaux.

Des envies pour certains de se mettre à l’équitation western, peut être?
Beaucoup de spectateurs nous demandent si nous avons un centre pour enseigner l'équitation western ou s'ils peuvent participer à des stages pour apprendre le ranch roping. Ce sera bientôt possible, avec Nicolas Bouloc qui est enseignant d'équitation western et qui va ouvrir sa structure pour l'été 2006 sur la région de Limoges.

Parmi vos spectateurs, je suppose qu’il y a souvent des cavaliers, western (ou classique), que pensent-ils de votre spectacle et quels sont leurs commentaires.
Nous rencontrons toujours un vif succès auprès des fêtes du cheval et des cavaliers en général.
Peut être parce que nos chevaux sont des acteurs à part entière. Comme nous sommes tous intermittents et que le coût de nos prestations est beaucoup plus élevé qu'une troupe amateur, nous nous devons de justifier nos tarifs par la qualité du travail des chevaux, mais aussi par la recherche des costumes, de la musique etc...



Photo: www. speredanavel.com



Photo: www. speredanavel.com

Il y a tout juste un siècle, Buffalo Bill et son Wild West Show étaient au pied de la tour Eiffel. Ce spectacle est une inspiration constante pour vous? Y a-t-il d’autres spectacles célèbres qui vous inspirent ?
Les Wild West Shows sont notre principale source d'inspiration, mais il y a aussi beaucoup de films qui nous inspirent (pour des costumes, des ambiances, des cascades, du vocabulaire...)
Il faut savoir qu'il y a eu plus d'une centaine de Wild West Shows à parcourir le monde au siècle dernier, celui de Buffalo Bill était le plus célèbre d'entre eux mais pas le plus grand.

Buffalo Bill mettait un point d’honneur à relater dans son spectacle une certaine vérité historique, (bien que souvent romancée et idéalisée). Est-ce aussi l’un des buts de Spered an avel ? C’est sûrement en tout cas la vocation de votre musée itinérant sur la conquête de l’Ouest ?
Nous nous sommes regroupé dans cette troupe aussi parce que nous en avions marre de travailler pour d'autres troupes sur des spectacles dits western mais qui n’avaient de western que le nom. Un spectacle western se doit d'avoir du lasso, du fouet, du tir à l'arc etc... Mais surtout des chevaux de couleurs éduqués western.
Beaucoup se contentent de servir le même spectacle à toutes les sauces en changeant juste de costume, bien souvent un jean, une chemise à carreaux et un chapeau australien. Nous avons fait du spectacle western «historique» notre seule spécialité, c'est pourquoi nous sommes très pointilleux sur la qualité des costumes, sur la mise en scène et sur le fait d'avoir des numéros ayant rapport avec le western. Notre but est d'apporter du rêve, du dépaysement et de faire en sorte que tous les spectateurs aient un vrai spectacle western. Nous jouons pour cela sur les trois clés que sont l'humour, l'émotion et le spectaculaire.
Le Musée Itinérant est une exposition à but pédagogique que nous déplaçons sur les festivals, les salons et les foires expos. Nous avons réalisé des vitrines par thèmes exposant des objets historiques appartenant à nos collections personnelles que nous avons créées lors de nos voyages aux U.S.A. Elles permettent effectivement aux visiteurs d'avoir sous leurs yeux un petit bout de la conquête de l'Ouest.

Quel est votre meilleur souvenir de spectacle ?
Difficile à dire...! Il y en à tellement... Peut-être le premier gros succès que j'ai eu avec Moscka lors du spectacle «Mille Sabots» à Lamballe en 2003, c'était la 5ème fois que je présentais son numéro et j'ai reçu tellement d'émotion de la part du public (dix mille personnes) que j'en ai été très ému. Ou peut-être encore l'accueil que l'on a reçu du public en Espagne cet été. Chaque spectacle est différent, il y a des mauvais souvenirs, mais dans l'ensemble ça reste toujours un grand plaisir de partager des moments forts avec le public.

La qualité de votre spectacle est aussi liée à celle de vos décors et accessoires, ce doit être un travail de recherche énorme et constant ?
On a pour cela, entre toute l'équipe, une très bonne bibliothèque. Il existe de nombreux ouvrages relatant la conquête de l'Ouest avec de très bonnes photos.


Photo: www. speredanavel.com


Photo: www. speredanavel.com

En 2002, un de vos numéros a été distingué lors du concours international de spectacle équestre de Castres par un Fer d'Argent pour sa qualité en tant que spectacle historique. Quelle est votre source d’inspiration, et comment élaborez-vous vos numéros, d’après des recherches dans des documents historiques?
Pour le côté historique c'est effectivement grâce à des bouquins, mais pour la mise en scène, on passe beaucoup de temps à réfléchir, c'est la partie la plus difficile d'un spectacle.

Nous avons parlé de vos principaux acteurs humains et équins, mais Spered An Avel, c’est combien de personnes et de chevaux au total ?
Nous sommes une dizaine d'artistes à travailler régulièrement sur les spectacles de Spered An Avel et il nous arrive de faire appel à des extras pour les gros spectacles. Les dix que nous sommes possédons en moyenne deux chevaux de spectacle. Compte tenu des budgets, il m'arrive de travailler seul avec Moscka et Blue Mind, mais le plus souvent c'est la formule à quatre cavaliers qui est retenue.

Quelle est la plus grande difficulté ou le plus grand défi pour faire fonctionner une pareille entreprise, la logistique, le marketing. ??
La patience, et ne pas choisir la facilité. Le temps de se faire une notoriété est très long et une bonne plaquette ne fait pas le spectacle.
Les meilleures retombées nous arrivent bien souvent en direct après un spectacle.

Quels sont vos projets pour votre spectacle, avez-vous des dates importantes dont vous souhaiteriez faire part à nos lecteurs?
Pour le moment, nous n'avons pas beaucoup de dates pour 2006, c'est l'heure des devis! Pour ceux que ça intéresse, notre agenda de la saison 2006 sera mis en ligne fin mars, quand tous les contrats seront signés.


Photo: www. speredanavel.com

Nous tenons à remercier Naiché TEYSSIER d'avoir répondu à nos questions, si vous souhaitez en apprendre plus sur SPERED AN AVEL, vous pouvez visiter leur site à l'adresse suivante:
www.speredanavel.com

 

 

 

 


 

  
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