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Nous
vous invitons à découvrir
ce mois ci le témoignage de Patricia BAVOUZET, qui
avec son cheval Okie Rey Doc, a remporté le titre
de championne de France de reining en catégorie "Amateur".
Une performance d'autant plus appreciable que Patricia
avant de tomber sous le charme de l'équitation western et
de se lancer dans le reining n'était jamais montée à cheval
et avoue même que ces animaux la laissait plutôt
indifférente , jusqu'au jour où.....
Un
parcours personnel et un témoignage très
enrichissant, et ce à plus d'un titre.
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Interview réalisé par Laurent LAMOTTE pour Equi-western.com
Comment
as-tu découvert l’équitation
western ?
C’est arrivé très très tard pour moi,
je n’étais jamais monté à cheval même
en ballade. Mais deux choses se sont cumulées en même
temps. Tout d’abord, j’aime énormément
les animaux, mais étrangement les chevaux me laissaient
de glace, et je ne comprenais pas pourquoi, je leur trouvais
l’œil vide dans les pré, si distant de l’homme… (quand
j’y repense…). J’ai donc cherché à comprendre
les chevaux et tenter d’entrer dans leur univers. Ensuite,
ayant un côté cowboy depuis toujours, j’ai
fait la connaissance d’un ami de la danse Country qui a
un Appaloosa depuis 30 ans, aveugle, mais toujours fier. Il m’a
convié à venir voir un show pour me montrer ce
qu’il aimait, j’ai dit "Bah pourquoi pas".
C’était du Reining à Bois Le Roi.
Je n’avais jamais vu de cavalier de ma vie… Et là !!!
quand j’ai vu çà, j’ai dit "Je
veux monter à cheval, je veux être un jour en phase
avec un cheval, comme eux". Dans la semaine qui a suivi,
j’étais dans un club Western et je savais que ma
vie était là. Je ne remercierai jamais assez cet
ami de m’avoir fait découvrir çà.
Pourquoi avoir choisi le reining ?
Parce que c’est magnifique à regarder, je ne m’en
lasse jamais. Parce que c’est ce qui me semble le plus
insurmontable et le plus fusionnel avec un cheval, et que c’est
sans fin.
As-tu
essayé d’autres disciplines avant, en western
ou en classique d’ailleurs ?
Le classique, je ne connais pas du tout. Je m’y intéresse à présent,
car il y a toujours du très bon à prendre de
partout. Le dressage en particulier, ce n’est pas si
loin du Reining. Et le travail que çà représente
et les résultats m’impressionnent énormément.
J’ai également fait un tout petit peu de Trail
et Team-Penning, mais plus pour m’amuser. Ca ne m’apporte
pas le plaisir que j’ai en Reining.
Tu
m’as dis avoir peur des chevaux, pourquoi as-tu souhaiter
surmonter cette "angoisse" et comment t’y es
tu prise ?
J’ai effectivement eu un très grave accident à 18
ans, je suis en sorte une "rescapée", normalement,
je devrais être un légume, dans un fauteuil (amnésie
totale, paralysie, fracture de la tête aux pieds…).
J’ai été gravement traumatisée.
Pour tout… Je n’ai plus jamais le droit d’avoir
un choc au cerveau de ma vie.
J’ai mis des années à passer le permis
de conduire. Mais je me suis dit:"Je suis en vie et en
forme. Je ne veux pas vivre le reste de ma vie dans un cocon
sous prétexte que je m’en suis sorti". J’ai
donc décidé de lutter contre cette peur viscérale,
mettre toutes les chances de mon côté, toujours être
vigilante, mais pas stressée par un éventuel
accident. Avoir toujours le bon geste dans toute circonstance.
C'est donc graduellement que j'ai cherché à monter
les chevaux un cran au-dessus de ce que je me sentais capable
de faire chez Kader, je lui dois énormément (je
n'étais pas encore chez Franck à l'époque, çà a été un
an plus tard). J'ai donc demandé à Kader de monter
un entier qui faisait systématiquement du rodéo
pour mettre son cavalier à terre, mais rien de bien
méchant, il m'a tout simplement appris à communiquer.
Et pour finir sur un cheval réformé des courses
qui embarquait tout le monde et ne parvenait pas à partir
calmement au galop. Personne ne voulait le monter, mais j’ai
pris ça comme un challenge. Il a servi ensuite d’exemple
pour montrer que l’Equitation Western pouvait s’appliquer à n’importe
quel cheval. A la fin, il galopait au galop de chasse, rênes
longues, il m’a énormément aidé ce
petit cheval.
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Ce
titre représentait il le but à atteindre pour
te prouver que tu avais vaincue ta peur ?
Non, c’était bien avant que la peur ait été vaincue.
Par contre il m’a prouvé que tenter de vaincre
sa peur du show, le stress, est hyper bénéfique.
Ca a été ma recette testée en "live" se
faire plaisir et çà a porté ses fruits.
Comment
as-tu décidé de te lancer dans une pareille
expérience ?
C’est mon entraîneur qui m’a lancé dans
la compétition. Je venais d’acheter Okie, que
j’avais monté 2 fois, je ne savais pas ce qu’il
savait faire. Je n’avais pas fait une seule figure de
Reining, sauf spins. Je ne faisais que de la mise en selle.
Mais Franck m’a dit : "Dans 15 jours, il y a un
concours, tu t’inscris", "Je sais que tu te
diras éternellement que tu n'es pas prête (et
pour cause) alors tu démarres maintenant, tu ne feras
rien de bon, mais on saura ce qu’il y a à travailler
après, et on bossera".
J’ai appris mon premier stop, rollback, changement de
pied (loupés) dans la carrière d’entraînement
du show..... Les stops surtout. Je valdinguait dans la selle
et me retrouvait sur l' encolure.
Ton
entraîneur est Franck Perret. Comment l’entraînement
s’est il déroulé, en combien de temps es
tu parvenu à ce résultat, à quel rythme
de travail …?
Cela doit faire 5 ou 6 ans depuis le premier jour où je
me suis assise dans une selle. Au début, comme je partais
de très très loin, par mes terreurs, Franck m’avait
dit, si tu viens chez moi (150 km) il te faudra être
constante, faire de la mise en selle pendant 6 ans, c’est
ce qu’il te faudra (j’étais un manche à balai,
stressée) et si tu tiens le coup, au bout des 6 ans,
je te donnerais tout.
J’ai persévéré et même raccourci énormément
cette échéance, ça fait 2 ans que je fais
du Reining pur. Au début, je venais 1 heure par semaine,
puis 2, puis 3… Depuis 2 ans, la cadence est de monter
1 heure par jour, 5 jours par semaine. Ca peut être réalisé en
moins, mais c’est parce que j’ai déménagé au
ranch, pour me consacrer à mon cheval. Il est en pension,
je ne souhaite pas d’entraînement du cheval, je
veux apprendre sur lui simplement. Je n’utilise que 30%
de ses capacités… Ca me motive beaucoup.
Pourquoi avoir choisi Franck ?
Ca c’est fait pour 2 raisons: Au premier show Français
auquel j'ai assisté, j’ai vu arriver différents
cavaliers dans le manège d’entraînement,
des qui fonçaient à tout va, spinnaient comme
des fous, galop à fond, puis quand c’était
presque fini, je vois arriver un p'tit bonhomme tranquille.
Il s’arrête, papotte avec tout le monde, fait un
peu de galop, et repart avec tout le monde. A la fin du show,
c’était lui le Champion de France de l’année,
je me suis dit " Voilà exactement ce que j’aime".
Ensuite, concours de circonstances, je venais de débuter
et la réunion annuelle de l’Afew se déroulait à 3
km de chez moi, j’ai donc pris mon courage à deux
mains et ai appellé "Pépé" pour
lui proposé de venir tous boire un verre à la
maison à la fin de la réunion. Sur le moment,
il se demandait si c’était du "lard ou du
cochon", puis quand il m’a vu, il a compris que
c’était pour avoir la joie de voir tous ces westerners
chez moi. J’avais préparé également
un petit encas, de la musique country et il y avait une super
ambiance. Tous se parlaient, rigolaient et au moment de partir,
Franck est venu vers moi, "Franck, l’inaccessible" dans
l’esprit de beaucoup, ce qui est vraiment faux. Il m’a
dit "J’ai énormément apprécié ton
accueil. Je veux te retourner l’invitation, tu viens
quand tu veux au ranch, je te ferais monter un bon cheval" et
voilà, je n’aurais jamais pensé pouvoir
aller chez lui, et çà c’est fait tout seul.
C’est là, à la fin de la séance,
quand je lui ai demandé si je pouvais revenir réellement
en cours, qu'il m'a dit "Oui, mais tu en as pour 6 ans" J’ai
continué parallèlement à monter chez Kader.
C’était très bénéfique et
complémentaire.
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Comment
se sont passés
ces championnats et toute cette saison d’ailleurs ?
Beaucoup de travail sur les hanches car je n’avais pas
du tout les changements de pieds, j’ai mis plus d’un
an à les obtenir. C’est encore tous frais, mais
il me les a donnés à la Finale.
Travail également sur les cercles rapides, pour son
souffle, et le mien. Et qu’il se tienne (tête un
peu à l’extérieur), je vois bien en shows
(WRT, WEG…) que c’est aussi là qu’on
gagne des points et le respect du cheval, l’envoyer fort
dans les cercles. Mais on ne peut pas le faire du jour au lendemain, ça
ne donne que des catastrophes. Alors qu’en s’entraînant
régulièrement, çà lui paraît
normal en show.
Tes impressions ?
Ravie bien sûr, d’avoir obtenu les figures que
nous avions travaillées. Enchantée de m’être
amusée pareillement, il paraît que j’avais " la
banane" d’un bout à l’autre de mon
pattern. Aux anges car j’ai le sentiment que mon expérience
(peur puis résultats en final) peut aider tout cavalier
hésitant. Extrêmement heureuse pour mon (mes)
coach qui ont cruent en moi, c’est ce qui me fait le
plus plaisir. C’est la meilleure façon que j’ai
trouvé pour les remercier de ce qu’ils m’ont
apporté, ma place gagnée, c’est la leur.
Merci Kader, merci Franck, merci aussi à mon 3ème
coach "Le vrai reiner" qui a été extraordinaire
pour moi, tant sur le plan moral que technique.
Tes meilleurs et tes pires souvenirs ?
Le pire: Un show chez Yonnel Estival, mon cheval a eu peur
de tout ce gigantesque vide. Moi j’étais stressé,
devant tout "le gratin" et pour finir Okie m’a
fait ce que je redoutais le plus: m’embarquer totalement,
spinner comme un cinglé à ne plus s’arrêter,
partir en rollback du côté inverse de ce que
je demandais, et enfin, ne pas du tout stopper… "La
Totale". Mais heureusement que tout çà m’est
arrivé, car depuis, je sais que je ne peux pas faire
pire. Mais aussi que je n'en suis pas morte et que personne
ne s’est moqué, sauf le juge qui était
triste que je ne repasse pas le lendemain car il s’était
très amusé de mon pattern (grrrr… hihihi…).
Depuis, je me dis que ce que je craignais est arrivé,
super, on passe à autre chose maintenant. Ca a donc été "le
pire" mais en même temps très positif.
Le
meilleur: La finale, car la foule était extraordinairement
gentille avec moi, mon coach qui me saute dans les bras à la
fin… Les encouragements ensuite de tout le monde. Les
changements de pieds qui sont bien passés.
Ma peur des shows définitivement envolée, je
n’ai aucun objectif de résultat pour les prochaines
fois, première ou dernière, c’est pareil
pour moi. Le tout est de savoir quoi bosser ensuite, toujours
la suite.
Enfin,
deux réactions particulièrement fortes
pour moi : Un reiner qui m’a dit "Ce que tu as fait
remet complètement en question la vision du cavalier
amateur qui ne prend pas plaisir en show. Ca représente énormément
de temps et d’investissements pour eux. Alors que là tu
as prouvé qu’on peut se faire immensément
plaisir en show et qu’on oublie souvent que c’est çà la
finalité pour les compétiteurs".
Et une juge, Lynn Laforme, qui me dit "Très belle
finale (avec run-off pour le fun), très beau pattern,
c’était super. Tu as fait le pattern de ta vie… !!! "
Suite à cette expérience,
quel message ou recommandation souhaiterais tu faire passer
aux autres cavaliers amateurs
?
Quel que soit le point de départ, si l’on a la
motivation, même si on ne croit pas en soi, il faut faire
confiance à son coach. Ils ont l’expérience
et la pédagogie.
Ne jamais baisser les bras, même s’il y a des creux.
C’est justement quand on stagne ou qu’on a l’impression
d’avoir régressé, qu’il n’y
a pas d’issue, que de façon presque magique une
nouvelle marche apparaît soudainement, et parfois la
marche est immense.
Ne pas perdre de vue qu’il y en a plein d’autres à franchir.
Ne pas se reposer sur ses lauriers, on peut toujours progresser.
Se remettre perpétuellement en question, quand quelque
chose ne vient pas, c’est obligatoirement de notre faute.
Le cheval n’y est pour rien, même s’il a
des travers, c’est bien à nous d’y remédier.
Enfin, beaucoup regarder et écouter.
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Participer à des compétitions,
pouvoir se comparer aux autres cavaliers sur un terrain de
concours , n’est il pas le meilleur moyen de progresser
?
Oui, c’est extrêmement formateur, ça donne
des objectifs, pas trop par rapport aux autres, mais sur ce
qu’on n’a pas réalisé de bien, ou
ce qui aurait pu être mieux. Car il est impossible à l’entraînement
de reproduire ce qui se passe en show.
Rien que la gestion du stress (cavalier et cheval), le bruit,
l’attente de son nom, le timing, quand se préparer,
donner à manger, combien de temps l’entraîner
pour pas le fatiguer, mais pas non plus qu’il pête
un câble.
Quelle classes faire, des classes pour "schooler" avec
score 0 si besoin en reprenant à 2 mains. Mais aussi
la gestion de l’espace pour cercler convenablement, être
loin des barrières, les cônes, le centre… lolll … que
c’est dur!!
Et enfin, le "soleil", s’apercevoir qu’on
peut y prendre un plaisir fou et shower en s’imaginant
imiter ceux qui nous ont fait rêver et être dans
son rêve.
Parle nous de ton cheval
C’est un petit cheval très musclé, formidable
professeur. Il fait parti des très gentils, il ne donne
rien si on ne demande rien. Il s’adapte à tout
cavalier, il fait son fainéant quand il voit qu’il
peut le faire.
Quelle que soit la manœuvre, je sais qu’il a encore énormément
de ressources et qu’il ne tient qu’à moins
de les exploiter. Il m’a longtemps fait croire qu’il était
au taquet dans les cercles rapides, mais à la finale,
je lui ai laissé sortir ses tripes, et j’ai découvert
un autre cheval qui adore ce qu’il fait et peut me donner énormément,
c’est à moi d’avoir confiance en lui.
Il est de plus très attachant avec un tic: Il mâchouille
tout ce qui traîne, quand il n’a rien à se
mettre dans la bouche, il tête comme un poulain… Je
l’adore.
J’ai eu une chance inouïe, toute ma petite carrière
de cavalière, de rencontrer les bonnes personnes et
le bon cheval. Je voudrais aussi ajouter que je vais laisser
mon "ti chwal" au repos bien mérité quelque
temps, qu'il n'y a pas le feu.
Suite à ce
titre, quel est maintenant ton prochain objectif ?
Recevoir le DVD de mon pattern et travailler ce que j’aurais
pu obtenir de meilleur. J’ai déjà un très
grand ordre d’idée du boulot qu’il reste
pour la prochaine étape, et ça va me prendre
bien une année cette affaire. Et c’est çà qui
est extraordinaire dans le Reining, on a toujours du pain sur
la planche…
Equi-western.com
tient à remercier Patricia BAVOUZET
d'avoir répondue à nos questions.
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