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LES ARCHIVES INTERVIEW



Photo: www.antoinecloux.com

Fasciné depuis toujours par les chevaux et leurs réactions, Antoine CLOUX découvre il y a dix ans de celà, les techniques de ceux que l'on appelle aujourd'hui les nouveaux maîtres.
Convaincu de l'efficacité de cette manière de communiquer avec le cheval, il a la chance de cotoyer et travailler aux Etats Unis avec Buck Brannaman et Bryan Neubert mais aussi Martin Black, Destry Campbell, Benny Guitron, Don Buttery et Richard Winter. Ayant vu les résultats obtenus grace à cette philosophie dans un grand nombre de disciplines et de race, Antoine est revenu en Europe afin de nous faire partager les benefices de son savoir et aider les cavaliers à developper de meilleurs relations avec leur chevaux.

Comment avez-vous découvert l'équitation western ?
Un peu par hasard en allant en voyage dans le Wyoming mais surtout en partant deux ans et demi dans l'Ouest pour apprendre auprès de différents « nouveaux maîtres ».

Qu'est ce qui vous a séduit dans cette forme d'équitation ?
Il y a plusieurs équitations westerns, plusieurs influences, c'est surtout l'équitation et la culture des vaqueros californiens qui m'ont le plus séduit. Leur finesse dans le travail du bétail, leur maîtrise du lasso, le raffinement de leur équitation, leur harnachement. Sur un ranch, c'est la vraie équitation western de travail. Elle est plus proche de la nature en général et de celle du cheval en particulier. Homme et cheval ont un but, un objectif commun, vous devez par conséquent développer un réel partenariat avec le cheval. Vous avez besoin d'une monture extrêmement polyvalente, bien dans sa tête et athlétique qui est capable aussi bien de sauter des obstacles, couvrir de longues distances, travailler le bétail avec ou sans lasso, et ce en toutes conditions et sur toutes sortes de terrains.

Est-ce l'équitation western qui vous a amené vers les nouveaux maîtres et leurs méthodes ou bien avez-vous découvert l'équitation western par leur intermédiaire ?
Ce sont plutôt les nouveaux maîtres qui m'ont amené à découvrir la monte western.

Vous avez commencé à vous intéresser aux méthodes des nouveaux maîtres il y a 10 ans de cela. Qu'est ce qui vous a amener à une telle démarche ?
Après un premier voyage aux USA j'ai acheté un peu par hasard et curiosité le livre de Pat Parelli qui n'était pas encore traduit en français à l'époque. Cela m'a intéressé et lors d'un second voyage j'ai rencontré quelqu'un qui m'a fait découvrir Tom Dorrance, Ray Hunt et qui m'a fait participer à des stages de Buck Brannaman et Bryan Neubert. J'ai été époustouflé par leur efficacité et pas seulement au sol mais aussi dans leur équitation.

Sur quel(s) grand(s) principe(s) est basée cette méthode ?
Je pense qu'il s'agit plutôt d'un état d'esprit et d'une philosophie plutôt qu'une méthode. Cela implique donc un réel travail sur soi-même afin de développer les qualités qui nous permettrons d'être plus à l'écoute de l'animal, de continuellement tenir compte de ses besoins, de ses envies et de son fonctionnement afin de pouvoir s'adapter à chaque cheval et à chaque situation.


Photo: www.antoinecloux.com


Photo: www.antoinecloux.com

Vous appliquez ces méthodes sur des chevaux de toutes races et de toutes disciplines. Y a-t-il des domaines et des secteurs où c'est plus difficile à mettre en pratique ?
Les humains ont développé différentes disciplines équestres, mais les chevaux restent des chevaux et les manouvres qu'ils exécutent naturellement sont les mêmes et leur nombre est limité. Le style variera d'une discipline à l'autre mais la manouvre restera la même.
Il y a pourtant des cas ou il est plus difficile d'avoir des résultats mais cela est du généralement aux manières de travailler et d'élever les chevaux plutôt qu'à la discipline même. Par expérience je peux vous affirmer qu'un pur-sang peut être aussi calme et bien éduqué qu'un quarter s'il est élevé dans les mêmes conditions, à l'inverse un quarter peut être tout aussi « chaud » qu'un pur-sang s'il est éduqué et élevé comme ces derniers.

Obtenir des résultats avec ces méthodes est il plus long que par la façon «traditionnelle » ? Les impératifs notamment économiques sont-ils un obstacle à son développement?
Tout dépend de l'expérience et du feeling de la personne. Ce n'est pas parce que vous avez suivi une formation que vous serez bon et rapide. Encore une fois il s'agit d'une philosophie et d'un état d'esprit. Si vous n'avez pas intégré cela vous allez répéter les mêmes erreurs sans jamais progresser. Si vous ne faîtes que de suivre une méthode vous passez à côté de l'essentiel. Il y a des cavaliers « normaux » qui sont bien plus efficaces et à l'écoute que bon nombre de « chuchoteurs estampillés ».
Avec l'expérience, je deviens de plus en plus rapide et j'ai côtoyé des gens qui étaient encore bien plus rapides que moi.
Pour juger de la lenteur ou de la rapidité d'une façon de travailler, il faut voir sur le long terme mais quelqu'un qui est doué fera des progrès très rapides avec ses chevaux sans nécessairement mettre plus de pression. Si on contraire un « chuchoteur » met toujours beaucoup de temps à obtenir des résultats, c'est qu'il doit combler son manque de feeling et d'expérience par plus de travail et de répétition.

Qu'y aurait il le plus à changer dans l'état d'esprit des Européens pour qu'ils adoptent cette façon de faire ?
Il y a déjà l'héritage culturel, et parfois un manque de curiosité, de remise en question mais également un certain manque d'indépendance. Nous avons tendances à trop dépendre d'instructeurs alors que nous devrions un peu plus écouter le cheval et développer nos qualités intrinsèques. Je pense également que dans notre monde de l'image, les gens ont tendance à perdre le sens de l'observation, il regarde mais ne voient pas. Ils sont plus attentifs à l'emballage qu'au contenu.
Nous devrions également redécouvrir ce qu'est un cheval au naturel.

Certaines personnes restent réticentes face à cette nouvelle approche de l'éducation des chevaux (et des cavaliers.) que leur rétorquez vous ?
Certains « nouveaux maîtres » ont débarqué en Europe avec des méthodes labellisés et un marketing efficace et agressif, puis les médias les ont appelés « chuchoteurs », « nouveaux maîtres », ils ont qualifié leur équitation « d'éthologique ». Ils ont très rapidement fait des adeptes qui après une formation express se sont mis à leur compte.
Alors que Tom Dorrance, Ray Hunt et bien d'autres ne se sont jamais considérés que comme des hommes de chevaux ou des cow-boys comme les autres. Ils ont modestement aidé d'autres cavaliers qui ont su plus ou moins bien digérer et intégrer leurs principes et cette philosophie dans leur travail et leurs propres disciplines.
Je dirais donc à ces gens réticents de s'intéresser au phénomène d'un peu plus près de ne pas avoir peur de se remettre en question et de ne pas juger sur ce qu'il ce passe uniquement en Europe. Ils découvriraient qu'aux USA il y a de nombreux « nouveaux maîtres » moins connus et pourtant vraiment exceptionnels qui instruisent des gens et que cela fait plus de 40 ans que nombres d'excellents cavaliers de différentes disciplines, saut et dressage inclus, utilisent cette façon de faire avec succès et efficacité.

Qu'en est il aux Etats-Unis? Les méthodes traditionnelles restent elles vivaces dans les ranchs ou bien l'éthologie parvient elle à les remplacer ?
Il faut savoir qu'il y a deux principales influences western aux USA, celle de l'Est des rocheuses ou texane, plus rude et mécanique, puis il y a celle de l'Ouest des rocheuses, celle des vaqueros Californiens. Ces derniers avaient déjà une équitation plus raffinée et plus à l'écoute du cheval et c'est assez naturellement que Tom Dorrance et Ray Hunt ont pu faire passer leur message dans cette partie des USA. Chez les cow-boys mais également dans le monde du saut, du dressage et des courses tous bien implantés en Californie.
Même si la ligne de démarcation entre les deux influences western n'est pas très marquée, il y a de plus en plus de cow-boys utilisant cette façon de faire. L'influence des vaqueros et des « nouveaux maîtres » est de plus en plus marquée au Colorado, au Wyoming, et au Montana, et dans le reste du pays. La progression semble continuer !



Photo: www.antoinecloux.com


Photo: www.antoinecloux.com

Vous faites régulièrement venir Martin Black en Europe, Quel est son regard sur les cavaliers que nous sommes et sur l'équitation telle que nous la pratiquons ?
L'équitation développée en Europe est issue d'une culture militaire qui au départ devait former des chevaux bien éduqués, réactifs, maniables et efficaces tout comme la monte de travail espagnole ou western. Mais il a fallut standardiser l'éducation des chevaux et celle des instructeurs à l'époque ou les recrues n'étaient plus nécessairement des cavaliers nés. C'est à ce moment-là certainement que l'on a un peu oublié d'être à l'écoute du cheval et que nous avons perdu notre efficacité et notre faculté d'adaptation. Par la suite l'influence de l'armée est restée forte mais un certain nombre des qualités qui faisaient un cheval de guerre ont disparu. Notre équitation est devenue progressivement une équitation de loisir, le cheval est devenu un moyen de se faire plaisir ou de satisfaire nos envies.

Martin s'intéresse à toute sorte de discipline et admire notre héritage équestre, il trouve seulement dommage que la fonction, l'utilité première du cheval se soit un peu oubliée. Il aimerait sensibiliser les gens à la nature du cheval et les aider à trouver en eux les moyens d'atteindre leurs buts en restant en harmonie et à l'écoute du cheval, tout en les faisant sortir du carcan de notre éducation équestre.

Vous vous définissez comme un éternel étudiant car pour vous une vie entière ne suffit pas pour tout apprendre du cheval. Néanmoins, quel conseil donneriez vous aux jeunes cavaliers qui souhaiteraient démarrer sur un bon pied ?
Je leur conseillerai d'avoir l'esprit le plus ouvert possible, de chercher en eux les moyens de sentir ce qu'il se passe et de trouver les solutions à leurs problèmes. Et surtout d'apprendre à observer et écouter le cheval et emmagasiner le maximum d'expérience.

Ne craignez vous pas que l'on mette aujourd'hui le mot « éthologie » à toute les sauces ?
Je crois que c'est déjà fait dans les pays francophones en tout cas ! En anglais on n'utilise d'ailleurs pas ce terme « d'équitation éthologique ». Nous avons besoin de coller des titres et de donner des diplômes mais ce n'est pas parce que quelqu'un fait de l'équitation éthologique qu'il a le bon état d'esprit. D'autre part la plupart des spécialistes de l'équitation éthologique européens ont bien peu d'expérience et de connaissances en la matière en comparaison avec certains « maîtres » américains. Il faudrait que l'on regarde un peu ce qu'il se passe là-bas et redevenir un peu plus modeste et on s'apercevrait qu'il nous reste beaucoup à apprendre.
Et c'est ça qui est fascinant !

Les Européens ne sont ils pas trop proches de leurs chevaux ? J'entends par là, ils les considèrent peut être un peu trop comme des grosses peluches, leur prêtant des émotions d'humains, en oubliant qu'ils sont avant tout des chevaux et que leurs intérêts sont différents des nôtres?
Pour moi être proche signifie : être à l'écoute et comprendre les besoins, les envies, le fonctionnement de l'autre, avoir une bonne entente, être présent pour aider, guider, supporter, etc. je ne vois rien de mal à ça. Mais si vous entendez par-là être proche géographiquement, sous la main, oui je crois que nous les avons tellement sortis de leur environnement et fonctionnement naturel que nous ne nous rendons souvent même plus compte ce qu'est profondément un cheval. Il est juste la pour satisfaire nos envies et nos projections, qu'il soit considéré comme une grosse peluche ou comme un outil servant à satisfaire notre ego.

Quel est votre regard sur l'équitation western telle qu'elle se pratique aujourd'hui en France et plus généralement en Europe ?
Je suis content de voir qu'elle se développe de plus en plus, mais il nous reste pas mal de chose à apprendre en la matière. Je remarque également que c'est souvent des cavaliers de compétition qui entraînent les chevaux et forment les gens.



Photo: www.antoinecloux.com


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Y aurait il des choses à améliorer, si oui, lesquelles ?
Même si les Allemands le font plus que les autres, je trouve qu'il faudrait réellement s'intéresser à tous les aspects de la monte et de la culture western et pas uniquement à la compétition, car j'ai souvent l'impression qu'il y a une distorsion entre la monte western aux USA et celle que l'on pratique en Europe. Il faudrait qu'il y ait plus d'interaction et d'échange de qualité entre ici et là-bas.

Vous avez récemment sorti la traduction du livre de Tom Dorrance « True unity» . Quel est à votre avis le plus grand héritage ou le plus grand principe que nous ai légué cet extraordinaire homme de cheval ?
Je pense qu'il est celui qui va le plus révolutionner le monde du cheval, nous pourrons mesurer l'ampleur de son héritage que dans plusieurs dizaines d'années certainement. Il a changé la perception que l'on avait du cheval et nous a démontré dans un monde de plus en plus basé sur les rapports de force et l'intimidation que l'harmonie donnait de meilleurs résultats pour autant que l'homme veuille bien se regarder en face et se remettre en question.

Vous organisez régulièrement des voyages aux Etats-Unis dans le ranch de Martin Black, qu'est ce qui impressionne le plus les heureux participants d'une telle aventure et quels souvenirs en ramènent ils?
Ils sont impressionnés par beaucoup de choses: tout d'abord la profondeur du savoir de Martin dans de nombreuses disciplines et son efficacité à utiliser les principes de Tom Dorrance jusqu'au niveau de la compétition.
Les incroyables capacités des chevaux, la manière dont ils sont élevés et la manière qu'ont les vaqueros de les considérer et de s'en occuper. Puis les vaqueros eux-mêmes et leur savoir, leur mode de vie, bon nombre de clichés tombent et ils se rendent compte que derrière le look il y a un mode de vie et un état d'esprit merveilleux.
Les souvenirs qu'ils ramènent sont des paysages à couper le souffle, le sentiment de liberté et d'harmonie avec la nature, un autre rythme de vie. L'impression qu'ils ont vraiment vécu une aventure unique.

Y a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer à nos lecteurs ?
Soyez curieux et ayez envie d'aller au fond des choses sans vous laisser distraire ou aveugler par quoi que ce soit. Partez à la découverte du cheval et vous découvrirez que le chemin est long mais passionnant. Que le cheval est un animal extraordinaire d'une générosité absolue qui nous aide à nous améliorer en tant que personne, si on veut bien être à son écoute !


Photo: www.antoinecloux.com
Nous tenons à remercier Antoine CLOUX d'avoir répondu à nos questions.
Si vous souhaitez en savoir plus sur Antoine ainsi que sur les clinics et les voyages qu'il organise avec Martin BLACK, vous pouvez consulter son site à l'adresse suivante:

www.antoinecloux.ch


 

  
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